La parution en mai 2014 de Je vous dis par Geins't Naït et Laurent Petitgand fut le point de départ de la collection Mind Travels, dédiée aux musiques ambient, neo-classiques et industrielles. Et le choix d'un tel album pour l'inaugurer n'avait rien d'anodin. Car il synthétisait parfaitement une certaine vision de la musique que nous avons toujours eu à coeur de défendre. Une musique de traverse, souvent insolite, toujours poignante mais malheureusement trop méconnue malgré la multiplicité de ses acteurs. En résulte des oeuvres qui partagent une volonté de s'affranchir des régles de création et des standards habituellement admis par l'industrie musicale. Il est souvent dit que l'écoute de la musique, quelle qu'elle soit, est une échappatoire, une perte de repère... En un mot, c'est Oublier. Oublier ce que l'on est, ce que l'on pense et pense savoir, se laisser aller et s'ouvrir à une expérience d'écoute aussi bien physique que mentale. En outre, entrer dans une phase de déconstruction des sens et de l'esprit...
Geins't Naït et Laurent Petitgand, activistes de la musique depuis plus de 30 ans, l'ont bien compris. Et Oublier, leur deuxième disque pour Mind Travels, en est certainement le plus beau témoignage à ce jour. Il n'est pourtant pas inutile de préciser que les deux musiciens ont un background très différent. Alors que Geins't Naït est l'auteur de collages industriels qui ne sont pas sans rappeler les premiers travaux de Einsturzende Neubauten ou Throbbing Gristle, Laurent Petitgand, lui, est surtout connu pour ses nombreuses participations aux films de Wim Wenders dont le dernier en date, The Salt of The Earth, a reçu 3 prix au festival de Cannes (séléction Un Certain Regard). Deux registres à priori opposés, mais reunis de la plus belle des manières par leur envie d'échapper à toute forme d'académisme.
Et comme on pouvait s'y attendre, Oublier a ceci de particulier qu'il ne correspond à rien de réellement identifiable. Bien sûr, on pourrait simplement se raccrocher aux magnifiques mélodies de Laurent Petitgand (“Bodische Little Alone”, “Past”, “Brass”), qui constituent à elles seules une raison valable d'écouter cet album en boucle. On pourrait aussi se contenter de dire à quel point les dynamiques imaginées par Geins't Naït à grand renfort de boucles hypnotiques et de samples triturés sont obsédantes (“Kenie”, “26”, “J'appartiens”) , voire complétement aliénantes (“Discord”, “Pluie”). On pourrait finalement s'attarder des heures sur chaque titre, essayer d'en comprendre la substance. Mais ce serait oublier qu'il appartient à chacun de donner du sens aux choses, de se les approprier. A chacun son écoute, à chacun son expérience.
Car Oublier a pour grande qualité qu'il place les auditeurs au centre de son univers, tant et si bien qu'ils en deviennent eux-mêmes acteurs. Certains y percevront une mélancholie accrue, peut-être même une forme de désespoir. D'autres au contraire, se laisseront séduire par l'évidente beauté du disque et la chaleur qui s'en dégage. Quoi qu'il en soit, sa non-linéarité favorise l'immersion et parfois, dans ses moments les plus intenses, le lâcher-prise le plus total.
Dernière passe avant le petit matin / Office / Bureaux / France 2012 - © Francis MESLET
Allen, Jack, William and friends / Office / Bureaux / France 2012 - © Francis MESLET
/ Office / Bureaux / France 2012 - © Francis MESLET
The inner link / Office / Bureaux / France 2012 - © Francis MESLET
/ Office / Bureaux / France 2012 - © Francis MESLET
Hall des pinces fesses / Office / Bureaux / France 2012 - © Francis MESLET

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