Une musique panoramique, « grand angle » comme diraient les cinéphiles, et qui s’écouterait comme le chaînon manquant entre les grandeurs de Richard Warner et l’épure orchestrale d’un Nick Cave, c’est l’ambition de Rite of the End du compositeur polonais Stefan Wesołowski, deuxième album à paraître chez Ici d’ailleurs après Kompleta en 2015.
Débuté à l’occasion d’une commande de Stéphane Grégoire, patron d’Ici d’ailleurs qui avait demandé à Wesołowski d’écrire les musiques de l’expo photo de Francis Meslet, le disque Rite of the End, de l’aveu de l’auteur, ne ressemble in fine à rien de ce qui avait été commandé initialement. À rien de vraiment connu, non plus, tant les références du compositeur et violonistes polonais rebattent les cartes et mélangent dans un même jeu des figures aussi hétéroclites que Prokokiev, le chant grégorien, Steve Reich ou même Michael Mann, pour cette impression de travelling gigantesque qu’on ressent à l’écoute de chacun des six morceaux qui composent cette pastorale céleste.
Finalement assez proches des envolées classiques de Max Richter, avec qui Stefan Wesołowski partage ce goût pour l’élévation, Rite of the End prend sa source religieuse dans l’enfance même de Stefan Wesołowski. Né en 1985, en Pologne, dans une époque fin de Guerre Froide, il est le fils d’un homme « spirituel et sans compromis » le guidant sur le chemin de la beauté du geste. Après avoir emprunté le même chemin que ses deux frères aînés et être entré dans les ordres musicaux (l’étude de la musique classique), le déclic, très précoce, viendra d’un ami faisant parti des ordres dominicains : « nous étions adolescents témoigne Stefan, et cet ami me demanda de lui écrire des chants liturgiques. C’est ainsi que tout ça a commencé ». La messe est dite. Et alors que Wesołowski, au fur et à mesure qu’il grandit, perd la foi religieuse, il la transpose dans une croyance grandissante en ce qu’on appelle la « belle musique » ; celle qui permet la transcendance, la contemplation, l’émerveillement, parce qu’elle est, en soi, le seul moyen pour l’Homme de s’extirper de sa condition animale.
« À l’âge de sept ans, je voulais être prêtre et étudier l’histoire des Saints alors que les enfants de mon âge collectionnaient encore les cartes du Roi Lion ». Le partage d’un tel souvenir, trente ans après, suffit à lui seul à expliquer le choix de cette voie royale, ô combien plus escarpée mais tellement plus lumineuse, qui permet d’être tiré vers le haut. Et alors que, gamin, Wesołowski avoue avoir fait une partie de son éducation musicale autour des disques des Beatles et des Stranglers, on comprend dès lors que les rites, dont il est question ici, sont ceux qui nous poussent tous, quotidiennement, à nous prosterner devant deux enceintes, et peu importe le nom des Dieux.
Bach, Yann Tiersen, Brian Eno, Stravinsky, même combat. Ce qui attire sur les six lentes cérémonies de Rite of the End, ce sont les éloges à la lenteur, pour apprécier le Beau. Une musique, certes classique dans ses fondements, mais qui ne l’est pas, à l’écoute. Les Américains utiliseraient le mot unconventional. Un terme qui colle parfaitement à Wesołowski, punk jusqu’au bout de son archet.
Bester Langs, rédacteur en chef du magazine Gonzaï.
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